Les automobiles aux visages différents


Ma passion pour les autos aux visages différents est née avec l'achat de ma première Citroën 2 CV en 1978, alors que j'étais étudiante en Allemagne. J'aimais les chevaux et j'allais aimer les chevaux vapeur.



L'Automobile et l'Appareil photographique

Les deux ont changé radicalement notre façon de vivre et la nature de percevoir les choses. Les deux permettent de communiquer ses aspirations, d'exprimer sa personnalité, d'éprouver de la liberté, de l'indépendance, du pouvoir.

Les gens me demandent quelques fois si je photographiais uniquement des voitures. En fait, ce n'est que très rarement que je photographie une voiture toute seule, sinon pour sa forme dans un certain environnement. Ce n'est pas si simple. L'automobile n'est pour moi qu'un prétexte, l'appareil photo mon instrument de relations humaines.

J'aime les hommes et je partage avec ces passionnés de l'automobile et de l'art méchanique des moments d'évasion. Ceux qui aiment les automobiles anciennes, c'est pour mieux comprendre l'histoire afin d'être mieux préparé pour l'avenir. Le présent se situe entre les deux. L'instant du présent, figé dans l'image photographique est déjà devenu l'histoire d'un moment symbolique.

Dans ce travail autour de la voiture ancienne, je cherche à créer une atmosphère qui se détâche du temps moderne. Chaque fois, c'est comme une découverte d'un autre moment d'histoire qui se répète avec les odeurs, les couleurs, les bruits. Tous les sens sont animés pour traduire une certaine réalité en une image photographique noir et blanc qui sera ma réalité à moi à ce moment-là - une trace de mémoire.

En fixant des images, qui semblent venir d'une autre époque, je crée une autre réalité tout en respectant l'authenticité des évènements vécus. L'image photographique est donc en quelque sorte le témoin d'un moment vécu, ressenti et enrégistré avec ma sensibilité. Mais elle représente en fait bien plus qu'une documentation d'un moment fugitif, elle devient, pour moi, l'interprétation des liens et des rapports entre l'homme et la machine.



Une histoire d'amour

Quand j'étais étudiante en Allemagne, je passais un semestre en France en 1978, participant à un échange universitaire. Pendant ce séjour, des amis m'ont ammené avec leur 2CV pour faire un picnic. Dans moins que deux minutes les deux banquettes de la 2CV étaient enlevées et nous servaient de fauteuils comfortables. Cela m'avait beaucoup impressionné et je commencais de m'intéresser pour cette Citroën. A mon retour en Allemagne je changais, sans regret, ma coccinelle bleue contre une 2CV rouge de l'année 1973 en repondant à une annonce mettant en vente une 2CV à 4 portes. En fait, le vendeur était un garage de voitures americaines, qui ignorait que ces petites voitures françaises avaient toujours 4 portes, chose qui à l'époque en Allemagne était pratiquement considéré comme un luxe. Au premier petit problèm, un garage Citroën me faisait payer l'équivalent de 150,00 Francs pour changer un collier de pot d'échapement qui avait causé un petit bruit. Cela représentait beaucoup d'argent pour moi et j'était furieuse. A partir de ce moment là et avec l'aide d'un ami, je commencais à faire les réparations moi-même, ce qui m'approchait et m'attachait encore d'avantage à cette voiture, qui était en fait beaucoup plus qu'un simple moyen de transport, et qui a su me donner le plaisir de conduire tout en explorant la France et y trouver ma vie.



Notes techniques

Adepte de la "Photographie pure", en lumière ambiante et sans recadrage, j'utlise le format 35mm qui convient le mieux à mon tempérament et me laisse une grande liberté lors de la prise de vue. Mes images sont composées avec une grande rigueur pour établir une certaine harmonie et une meilleure lisibilité dans le chaos des apparences. Suivant l'utilisation des images, je réalise des tirages d'édition, d'exposition et de collection. Les agrandissements originaux sont tirés manuellement sur des émulsions au gelatino-bromure d'argent.